L'Algérie n'est pas arabe et pire, le Sahara n'est même pas algérien !
L’attribution du Sahara à l’Algérie par la France
« Le Figaro Histoire », n°83, déc. 2025 – janv. 2026
Quand la France débarque à Alger en 1830, elle ne prend ni un État ni un territoire, même pas une entité politique identifiable. Elle saisit une ville corsaire, un beylik côtier sans frontières définies, sans administration étendue et sans arrière-pays. Dans les correspondances militaires, le désarroi est constant car les Bureaux arabes constatent que le pouvoir d’Alger ne dépasse pas les zones densément peuplées du Nord. L’essentiel du territoire –80% de l’Algérie actuelle– sera mesuré, annexé, puis présenté comme une continuité naturelle, des territoires sahariens marocains aux zones prises à la Tunisie, à la Libye, au Niger et au Mali ; la colonisation invente un espace, le remplit, le nomme, puis le rattache à une entité administrative. C’est cette construction –et non une réalité historique antérieure– qui fonde les « Possessions françaises dans le nord de l'Afrique » (1834) devenues « Algérie » dans un bulletin législatif officiel d'octobre 1838.
Le traité franco-marocain de Lalla-Maghnia ( 18 mars 1845), donne à l'Algérie un premier tracé de frontières pérennes, de la Méditerranée à la steppe des hauts plateaux, sur à peine 120 km en profondeur. Une partie des territoires avait appartenu jusque-là au Maroc, notamment les zones de Tlemcen et d'Aïn Témouchent. Au-delà, vers l'Atlas saharien dans le Grand Sud, le tracé encore imprécis laisse ces terres aux tribus nomades arabes ou Touaregs.
La Kabylie est prise en 1857 et le Mzab est en 1882. L’Algérie n’est guère qu’une colonie côtière, un prolongement européen au sud de la Méditerranée et la France détient seulement un quart du pays actuel. Mais quand la IIIe République cherche à créer un continuum territorial du Maghreb au Soudan français, elle invente le Sahara algérien qui devient alors un enjeu stratégique majeur. Il est conquis entre 1882 et 1902, le Touat, le Tidikelt, le Gourara tombent en 1900–1902 (annexion reconnue en 1905). Enfin, en 1934, la France occupe la ville de Tindouf, qu’elle place sous l’autorité du Gouverneur général de l’Algérie.